médicaments dans les souks



Les médias ne cessent de relater des saisies de grandes quantités de médicaments d’origine douteuse, des arrestations de personnes vendant des médicaments de façons illégales… cependant, ceci n’est que la partie visible de l’iceberg. Nul ne sait ce qui passe entre les mailles du filet. En effet, même si l’article 30 de la loi 17-04 portant Code du médicament et de la pharmacie exige que la vente du médicament soit assurée par le pharmacien, beaucoup de personnes continuent à acheter des médicaments chez l’épicier, par exemple. «À chaque fois que j’ai mal à la tête ou que je ne me sens pas bien, je cours acheter un comprimé chez l’épicier. À quoi bon acheter toute une boîte chez le pharmacien si ces maux sont occasionnels», confie Hamid, 32 ans, ouvrier dans une usine.
Selon le Centre antipoison et de pharmacovigilance du Maroc (CAPM), la vente de ces produits hors du circuit conventionnel expose la population aux risques liés au mésusage et à la mauvaise qualité du produit. Il est, aujourd’hui, impératif d’attirer l’attention du citoyen marocain quant à l’acquisition d’un produit en dehors des pharmacies autorisées. Ces produits peuvent être dangereux par leur composition qui n’est soumise à aucune AMM (Autorisation de mise sur le marché), à aucun contrôle de qualité (cas des produits contrefaits), à aucune date de péremption, ni à des contrôles des conditions de transport et de stockage (cas des produits de contrebande). «Il est nécessaire que des mesures soient prises vis-à-vis des épiciers qui s’adonnent à de telles pratiques, car ils mettent en danger la santé des personnes qui ont acheté ce genre de produits». En effet, il existe beaucoup de produits disponibles dans les épiceries. Ce sont soit de vrais médicaments achetés par l’épicier en pharmacie et vendus au détail, soit des produits pharmaceutiques n’ayant pas d’AMM marocaine que les épiciers obtiennent dans les souks via des circuits illicites ou par contrebande : c’est le cas de «Lkina el khadra», «Derdek», «Chaddad lkoua»... En février 2010, les services d’inspection du ministère de la Santé ont constaté qu’une épicerie située dans la ville de Mohammedia vendait une soixantaine de médicaments différents», indique le Centre.

Selon l’Organisation mondiale des douanes, le trafic des médicaments contrefaits ne cesse d’augmenter atteignant des pics qui donnent froid au dos, puisqu’on en a enregistré des augmentations de 300%. Ces faux produits c’est 10% du marché mondial du médicament, ils représentent un trafic bien plus rentable que celui de la drogue. Malheureusement, au Maroc, il est difficile d’avoir des chiffres à propos de la vente illicite des médicaments. «Nous ne pouvons pas avoir des chiffres exacts concernant ce genre de pratiques. Il est difficile de contrôler efficacement toutes les activités illégales. Par contre, le ministère de la Santé effectue des contrôles réguliers de tous les circuits légaux des médicaments», souligne Abdelhakim Zalim, chef de la division de la pharmacie au ministère de la Santé. Et d’ajouter : «Généralement les médicaments vendus en détail chez l’épicier sont disponibles en pharmacie. Il s’agit de médicaments antidouleurs, paracétamol et aspirine. Toutefois, il existe certains épiciers et autres commerçants qui vendent plusieurs types de médicaments qu’ils ont acquis via des circuits illégaux. Mais s’il est difficile de cerner efficacement ce fléau, toute personne poursuivie pour exercice illégal de pharmacie, est passible, conformément aux dispositions de l’article 135 du Code de la pharmacie, d’une amende de 5 000 à 50 000 dirhams et une peine d’emprisonnement allant de 3 mois à 5 ans».
Par ailleurs, la vente illicite de médicaments n’inquiète pas beaucoup les laboratoires. «L’impact de ce genre de pratiques sur l’industrie pharmaceutique marocaine est très faible. Le secteur du médicament au Maroc est bien réglementé. Le circuit de distribution est composé de laboratoires qui fabriquent ou importent les médicaments et les vendent aux grossistes qui, à leur tour, en approvisionnent les pharmacies. Ce circuit est respecté à environ 98%. De plus, le Maroc dispose aujourd’hui de 12 000 pharmacies, ce qui minimise ce genre de pratiques. Il existe, certes, des réseaux de trafic de médicaments dans notre pays (en provenance d’Algérie et de la ville occupée de Mélilia), mais qui reste très dérisoire. Les pays de l’Afrique subsaharienne sont bien plus touchés que le Maroc par ce genre de trafic», affirme Ali Sedrati, ex-président de l’AMIP (Association marocaine de l’industrie pharmaceutique).
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Les qualificatifs ne manquent pas pour qui veut mentionner ces médicaments illicitement vendus, véritables menaces pour la santé publique. Les conséquences de la consommation des médicaments de la rue sur la santé des populations sont indénombrables : Resistances aux antibiotiques et aux antipaludiques, intoxications, destruction du foie, du cœur et des reins, etc.
De même, les médicaments de la rue, ne sont pas conservés comme ceux qui sont vendus en pharmacie. Il faut savoir que chaque médicament a ses caractéristiques propres. Il les conserve jusqu’à la date de péremption à condition qu’il soit conservé dans des conditions qui lui assurent sa stabilité.

Ces conditions sont toujours respectées en pharmacie et à l’hôpital. Malheureusement ce n’est pas le cas dans la rue, dans les marchés ou les coins de ruelle. Dans la rue, les médicaments se dégradent rapidement sous l’action combinée de la chaleur, de l’humidité et des rayons solaires. Ainsi, bien que la date de péremption soit la même, les médicaments de la rue perdent leurs effets avant la date prévue. Ils se transforment en substances toxiques mortelles pour celui qui les consomme. Aujourd’hui dans les hôpitaux le nombre de patients souffrant d’insuffisance rénale, d’hépatite, de perforations digestives et autres affections est en recrudescence à cause des effets des médicaments de la rue.

Afin d’épargner les habitants, en particulier ceux issus des milieux défavorisés, les pouvoirs publics se doivent d’agir afin d’interdire la vente de ces médicaments qui au lieu de soigner rendent malades ou mettent des vies en danger. La santé est une affaire sérieuse qui mérite toute notre attention. L’information est nécessaire pour dissuader les éventuels acheteurs de ces produits dangereux de s’exposer à des problèmes de santé. Le Ministère de la Santé se doit de prendre en charge ce dossier, et remplir ainsi la mission qui est la sienne.------


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